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« Last Action Hero » : Schwarzie égaré dans l’auto-parodie

av Ciné-crash | Publicerades 10/15/2020

Il fut annoncé comme le roi du box-office de l’été 1993, il finit nu et humilié par un retentissant camouflet. Last Action Hero aurait pourtant dû asseoir le règne de sa star sur les années 90 et couvrir d’or le studio Columbia Pictures, qui dépensa sans compter pour l’affaire : un film d’action satirique original, spectaculaire et tout public, marquant les retrouvailles entre le réalisateur John McTiernan (Piège de cristal) et Arnold Schwarzenegger, tandem gagnant de Predator, six ans plus tôt. Alors au sommet de sa carrière dans la foulée du triomphe mondial de Terminator 2, qui lui-même fit suite aux succès de Total Recall et de la comédie Un flic à la maternelle, le malin Schwarzenegger voyait dans Last Action Hero l’occasion de se moquer de son image de super-héros bodybuildé, ainsi que des grosses ficelles des thrillers musclés typiques des années 80. Bref, jouer un coup d’avance et peut-être incarner un nouveau type de héros dans un nouveau type de blockbuster. Écrit par les jeunes scénaristes Zak Penn et Adam Leff – puis repris en grande partie par Shane Black et l’écrivain William Goldman –, le script suit l’improbable odyssée du jeune Danny (Austin O’Brien), gamin new-yorkais de 11 ans vivant seul avec sa maman, passionné de films d’action et en particulier d’un personnage de fiction : Jack Slater, super-flic de Los Angeles, héros d’une série de longs-métrages chargés d’adrénaline. Alors qu’il assiste à une avant-première nocturne du 4e volet des aventures de Jack Slater, organisée rien que pour lui par Nick (Robert Prosky), le projectionniste de son cinéma de quartier, Danny, se retrouve soudainement propulsé de l’autre côté de l’écran, par le biais d’un mystérieux ticket magique que lui a remis le vieil homme. Désormais à l’intérieur même du monde extravagant de Jack Slater, Danny va aider son idole dans une enquête criminelle impliquant une armée de mafieux, tout en s’amusant à décoder tous les poncifs et situations prévisibles du « film dans le film ». Criblé d’impondérables avant même le premier tour de manivelle, avec d’innombrables réécritures et conflits d’ego entre les auteurs, Last Action Hero continuera d’enchaîner les galères durant un tournage ponctué de clashs entre John McTiernan, les scénaristes et la production. Alors que le budget du film explose en raison notamment d’une campagne marketing démesurée qui se retournera contre lui, le blockbuster de McTiernan souffre surtout d’une greffe maladroite entre le pastiche et les fusillades hors norme, de gags trop rarement drôles et d’un acteur pré-ado – O’Brien – littéralement insupportable à l’écran. Sa date de sortie, maintenue obstinément au 18 juin par un studio Columbia tenu par des contrats de partenariat, parachève une longue suite d’erreurs stratégiques, puisque Last Action Hero se fera dévorer au box-office par Jurassic Park, challenger sous-estimé à tort et qui a pris d’assaut les écrans une semaine plus tôt. Sans être un désastre abyssal au box-office, surtout grâce à l’international, Last Action Hero finira sa course autour de 50 millions de dollars de recettes aux États-Unis. Au vu des attentes, c’est un échec sans appel. La déception est immense, les critiques impitoyables et l’humiliation terrible pour le studio, ainsi que pour le réalisateur et la star autrichienne, qui reconnaîtra plus tard que le film marqua le début de son déclin au cinéma. Devenu culte aux yeux d’une partie des cinéphiles, Last Action Hero est-il une œuvre visionnaire et incomprise en son temps ou un authentique ratage, perdu d’avance par ses choix artistiques peu inspirés ? Pour le premier numéro de sa seconde saison, Ciné-Crash se penche sur la genèse ardue et les contradictions d’un blockbuster malade, révélateur d’une certaine ivresse de la démesure typique de la cour hollywoodienne des années 90 naissantes. Last Action Hero, ou comment le roi Schwarzenegger perdit sa couronne avant de laisser peu à peu la place à de nouveaux héros d’action. Six ans plus tard...

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Désastres au box-office ou films assassinés par la critique, voire les deux en même temps : plongez dans l’odyssée des Waterloo du cinéma pour mieux les réhabiliter (ou pas !). Par Philippe Guedj