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« La Porte du paradis », le western haï des Américains

av Ciné-crash | Publicerades 7/28/2020

Roi temporaire de Hollywood après sa moisson d’Oscars pour le triomphal Voyage au bout de l’enfer en 1979, le jeune Michael Cimino se sentit pousser des ailes pour son film suivant : La Porte du paradis. Il volera hélas trop près du soleil de ses ambitions et verra sa carrière carbonisée par le désastre critique et public de ce western au budget quadruplant son enveloppe initiale de 12 millions de dollars. Inspiré d’un épisode bien réel de l’Histoire américaine, la guerre du comté de Johnson dans le Wyoming (événements survenus entre 1889 et 1893), La Porte du paradis revient sur les pogroms dont furent victimes des immigrés d’Europe centrale de la part de propriétaires terriens soutenus par le gouvernement. Nanti des pleins pouvoirs par le studio United Artists, Cimino décide d’articuler son drame autour d’un trio amoureux : le marshal James Averill (Kris Kristofferson), le mercenaire Nate Champion (Christopher Walken) et la prostituée Ella Watson (Isabelle Huppert). Trois personnages bientôt balayés par un ouragan de violence, lorsque le syndicat des éleveurs du Wyoming décide de dresser une liste noire des immigrés indésirables et de les faire abattre de sang-froid par une milice privée. Éblouissante et déchirante, visuellement somptueuse, la fresque de Michael Cimino va cependant complètement désarçonner la critique de l’époque par sa longueur (3 h 40), sa liberté narrative, ses apartés sentimentaux et son effroyable noirceur finale, jugée par certains comme une souillure insupportable du mythe de l’Ouest américain. Mitraillé par la presse locale, le film est massivement fui par les foules à sa sortie aux États-Unis, en novembre 1980. Retiré des écrans au bout d’une semaine, à la demande même de Cimino qui va proposer un nouveau montage amputé de presque une heure, La Porte du paradis ne remontera pas davantage en selle, à terre pour de bon et raillé comme l’un des pires flops de l’histoire du cinéma. Le roi Cimino est nu, il ne se remettra jamais vraiment de ce voyage au bout de l’enfer. Ni le studio United Artists, dont l’échec spectaculaire du film provoquera une faillite sans retour. Pour le 10e et ultime épisode de sa première saison, Ciné-Crash revient, en compagnie de ses chroniqueurs Yann Valentin et François-Xavier Taboni, sur la genèse, la production et le terrible destin de ce grand western épique et politique, encensé en Europe mais jamais vraiment réhabilité dans son pays d’origine.  See acast.com/privacy for privacy and opt-out information.

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